Revoir Haïti #4 : Premier jour à Lamardelle

Du 23 au 31 mars 2014, Danielle Fridel (présidente des AFEJ) et Sabine Reynaud-Duhar (Secrétaire et responsable Parrainages) se sont rendues en Haïti pour faire le point sur le terrain des actions menées en 2013 et envisager les projets à soutenir pour améliorer la vie des petits haïtiens. « Revoir Haïti » est le carnet de voyage de Sabine. A lire en plusieurs épisodes.


 Mardi 25 mars

Il est à peine 7 heures du matin quand la voiture avance sur un chemin de terre sec. Le passage des roues sur les pierres me donne l’impression que mon corps se disloque à chaque mètre avancé. Nous roulons au milieu d’une gorge dont les murs font plus de deux mètres de haut. « Deux mètres au-dessus, c’était la route. Et là, nous sommes dans le lit creusé par l’eau lors du passage de Sandy… », nous explique Gina. J’en suis soufflée. Je savais qu’il y avait eu de très gros dégâts mais à ce point ! Nous passons devant l’école. Effectivement, la cour d’école est bien au-dessus de la voiture et les enfants doivent emprunter un petit passage fait à la va-vite et surtout avec les moyens du bord pour entrer à l’école. Le mur d’enceinte qui s’est effondré est remplacé par des palissades de fortune. « Pour la sécurité des enfants, il vaut mieux ça que rien du tout », se désole Gina.

La nouvelle "route" qui mène à Lamardelle, deux mètres au-dessous de l'ancienne.

La nouvelle « route » qui mène à Lamardelle 1/2. Au loin, on aperçoit un homme et on peut remarquer que la taille des « murs » est à sa hauteur.

La nouvelle "route" de Lamardelle 2/2

La nouvelle « route » de Lamardelle 2/2

Nous voilà arrivées dans la grande propriété de Mamie Duncan. Elle n’est pas là. Victime de son âge, elle est très malade et se trouve actuellement à Port-au-Prince chez un de ses fils pour pouvoir bénéficier des soins nécessaires. Je ne rencontrerai pas cette dame à l’origine de la Fondation, mais je sens les lieux investis de son empreinte.

La maison de Mamie Duncan est au cœur de la Fondation qu’elle a créée. A droite de la maison, se trouve la grande école primaire. D’ailleurs, depuis la choucoune où nous passons l’essentiel de notre temps à Lamardelle (réunion, repas,…), on entend les enfants apprendre leurs leçons en chanson. C’est une spécificité de l’enseignement haïtien. A défaut de copier et recopier des tables de calcul ou des conjugaisons, on les retient en chanson. Voilà un concept d’éducation qui me plaît ! La clinique de la communauté se trouve au bout de la propriété et quant à la crèche, elle est à même pas 300 mètres de là.

A peine descendues de la voiture, Kerline, la gouvernante de la maison nous accueille avec un grand sourire et des bouteilles d’eau fraîche. Un luxe dans ce pays où l’eau potable est une préciosité ! Elle sera mon petit ange gardien pendant tout le séjour, me régalant de ses merveilleux gâteaux et veillant sur la maison et ses habitants avec une vraie bienveillance. Immédiatement, apparaît Catherine. Une robuste et jolie québécoise venue par le biais d’une association de bénévole assister Gina. Elle planifie, organise, gère de main de maître le travail à faire au quotidien. A ses côtés, une discrète jeune fille. C’est Phelisha. Elle est aussi bénévole et vient de New-York. Son curriculum est assez impressionnant. Fille d’un diplomate américain d’origine haïtienne, elle est étudiante à Harvard, a fait ses armes à l’ambassade des Etats-Unis à Paris et aujourd’hui s’occupe de la clinique en association avec son directeur.

L'entrée de la propriété de Mamie Duncan

L’entrée de la propriété de Mamie Duncan. Au loin, on aperçoit la casseverie.

Kerline, une gouvernante aux multiples talents, posant avec la composition florale qu'elle a réalisée

Kerline, une gouvernante aux multiples talents, posant avec la composition florale qu’elle a réalisée

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Catherine entourée par des enfants de la crèche de Lamardelle, ses « bébés » comme elle les appelle.

Phelisha

Phelisha

A peine nos valises déposées dans les sympathiques chambres d’hôtes qui accueillent parents adoptants, responsables d’associations et les parrains qui souhaitent passer quelques jours non loin de leur filleul, nous partons à la découverte des lieux. Danielle, qui a eu la chance de venir à Lamardelle en 2012, me guide.

D’abord la clinique. Je suis impressionnée par la qualité du dispensaire. Accueil des patients, pharmacie, espace de consultation, propreté des lieux, modernité… Tout est impeccable, parfaitement organisé.
Cette clinique a été un véritable chamboulement pour la communauté. La population rurale était en effet plus habituée à se soigner par des remèdes anciens à base de plantes voire d’incantations et regardait d’un mauvais œil cette médecine dite moderne. « Les travailleurs sociaux ont donc fait un énorme travail auprès des habitants pour les inciter à venir nous rencontrer et à bénéficier de nos soins » nous explique le responsable. Aujourd’hui, la salle d’attente ne désemplie pas.
Au fond d’un couloir, une dizaine de mamans attendent assises le long du mur, leur bébé sur les genoux. « Ce sont les enfants qui bénéficient de compléments alimentaires », nous dit-on. Autrement dit, les enfants malnutris, ceux dont les parents trop pauvres ne peuvent pas subvenir à leur besoin primaire : manger. On les reconnaît à leurs cheveux clairsemés et roux et leur gros ventre. Les cas ne sont pas rares dans cette communauté, une des plus pauvres de l’île. Mon cœur se fend mais ma tête me dit que si je suis là, c’est aussi pour eux, pour être un lien d’avenir entre eux et nos donateurs.

Après la clinique, direction l’école. La cour d’école est vide, les enfants sont en classe. Mais à travers les portes ouvertes, on remarque que quelques regards se tournent vers nous. Je remarque le sol pavé. On nous dira plus tard que ce pavage, qui semble de l’ordre de l’accessoire au regard de tout le travail qui reste encore à accomplir, est loin de l’être. Il a permis de diminuer très fortement les problèmes de santé des enfants (bronchites, troubles respiratoires) provoqués par la poussière. Voilà une bonne chose de faite !

La sonnerie retentit, les enfants sortent de classe et nous entourent. A chacun de nos pas, la masse grossie. Je me sens absorbée par cette foule. Des mains touchent ma peau, mes cheveux. Imaginez, une blonde au milieu d’une cour de récréation, ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Plus on avance, plus les enfants me touchent. Je me sens un peu désorientée. Danielle vient à ma rescousse. Je n’avais jamais éprouvée cette pression et je crois que personne ne peut vraiment imaginer ce que l’on peut ressentir quand on est le point de focalisation d’une foule, même si elle est composée d’enfants.

Et forcément, au milieu de tous ces enfants, on sait que deux ont un tout petit peu plus d’importance à nos yeux et pour cause : ce sont nos filleules. Danielle va voir une maîtresse et demande à revoir Chaina, rencontrée auparavant en 2012. En à peine 5 minutes, elle la tient dans ses bras et a quelques larmes de joie juste au coin des yeux. De mon côté, je n’ose pas « déranger » Dapheney, mais je la cherche des yeux. Mais, au milieu de 500 élèves, comment voulez-vous que la repère ? Et là, miracle, je crois la reconnaître. J’observe la fillette plus attentivement. Ses yeux, sa bouche… Elle me semble plus jeune que sur les photos que j’ai reçues, mais je suis sûre que c’est elle. Danielle s’approche d’elle et lui demande son prénom. Et c’est un petit filet de voix qui lui répond « Dapheney ». C’EST ELLE ! Je me présente. Elle semble un peu troublée, pour ne pas dire apeurée. Je décide de la laisser en paix. On s’apprivoisera dans les jours qui suivront.

En moins de deux, les enfants nous entourent.

En moins de deux, les enfants nous entourent.

Les retrouvailles de Danielle et Chaina

Les retrouvailles de Danielle et Chaina

Vite, vite, nous devons rejoindre la choucoune ! L’équipe d’une association irlandaise vient d’arriver. Il est important pour nous de faire connaissance avec eux. Nous partons tous ensemble assister à une démonstration à la cassaverie par une des femmes de la communauté. La cassaverie est l’endroit où des femmes de la communauté transforment le manioc en farine puis façonnent des galettes (cassaves) pour ensuite aller les vendre au marché et/ou se nourrir. C’est également sous l’impulsion de la Fondation que ce lieu de fabrication a été créé et est mis gratuitement à disposition de la communauté qui en gère le fonctionnement.

La visite terminée, nous allons tous ensemble déjeuner. Avec Danielle, nous la jouons discrètes. Nous savons que l’association irlandaise a de très gros moyens et que leur venue a pour objectif de valider ou non un engagement pour la Fondation. Ils repartent le repas à peine terminé, mais on sent à leur enthousiasme que le travail réalisé par Gina, Lucien et Mamie Duncan les a impressionnés.

L’après-midi se passe tranquillement sous la choucoune. Nous devons reprendre un peu de force car la fraîcheur et l’humidité de Kenscoff ont cédé la place à une chaleur étouffante et harassante. Gina se repose dans sa chambre. Elle est tellement faible…

En fin d’après-midi, elle revient, une grande capeline sur la tête. Direction la crèche de Lamardelle et le MEAL.

Petit cours de cassave…

Petit cours de cassave pour les irlandais par une femme de la communauté

La choucroune

La choucoune

Avec Gina, en direction de la crèche et à la rencontre des femmes du MEAL

Avec Gina, en direction de la crèche et à la rencontre des femmes du MEAL

Le MEAL, c’est Mère en Action à Lamardelle. Une petite entreprise de couture créée par les femmes de la communauté sous l’égide de la Fondation et qui occupe une annexe de la crèche Enfant Jésus. L’objectif est simple : permettre à des femmes sans formation d’accéder à l’emploi. Après un apprentissage en couture dispensé grâce à l’aide de la Fondation, aujourd’hui elles confectionnent vêtements (elles ont fabriqué à notre demande les chemises des uniformes des enfants de l’école) et sacs qu’elles revendent ensuite. Gina est très fière de cette action. « Au début, elles ne savent rien faire. Et puis, par leur détermination et l’apprentissage, elles arrivent à faire de très belles choses et à financer leurs besoins ». Les femmes sont impressionnées par mon appareil photo et l’une d’elle se cache. Les autres se moquent d’elle mais n’en mènent pas large. Je la rassure, je ne la prendrais pas en photo. Gentiment, elle me montre alors comment elle brode. Pareil pour celles qui l’entourent. C’est vrai que c’est joli ce qu’elles font.

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Les femmes du MEAL ont du talent au bout des doigts

Les femmes du MEAL ont du talent au bout des doigts

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Les mères de Lamardelle en action !

Les femmes travaillent sur des machines Singer anciennes dont la plupart ont été offertes par des donateurs des AFEJ

Les femmes travaillent sur des machines Singer anciennes dont la plupart ont été offertes par des donateurs des AFEJ

Nous les laissons vaquer à leur travail et allons à la rencontre de la petite vingtaine d’enfants qui occupent encore la crèche de Lamardelle…

 A suivre…

 


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Comments
3 Responses to “Revoir Haïti #4 : Premier jour à Lamardelle”
  1. Catherine Vilain dit :

    Tres beau recit, nous avons l’ impression d’y etre

  2. montheil pascal dit :

    merciiii !!!!

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