Revoir Haïti #1

Du 23 au 31 mars 2014, Danielle Fridel (présidente des AFEJ) et Sabine Reynaud-Duhar (Secrétaire et responsable Parrainages) se sont rendues en Haïti pour faire le point sur le terrain des actions menées en 2013 et envisager les projets à soutenir pour améliorer la vie des petits haïtiens. « Revoir Haïti » est le carnet de voyage de Sabine. A lire en plusieurs épisodes.


DIMANCHE 23 MARS

Au fur et à mesure que l’avion avance et que le temps remonte, une idée vire à l’obsession dans mon esprit : revoir Haïti.

A côté de moi, Danielle n’est pas en reste. On s’était pourtant dit lors de nos retrouvailles en salle d’embarquement que l’on allait bouquiner, regarder des films, se reposer, dormir,… et puis finalement, on n’en finit plus de parler. On parle pour canaliser l’excitation qui nous anime depuis que ce voyage est programmé. Et on enchaîne à un rythme frénétique les conversations. Ses enfants, mon petit amour, les rendez-vous qui nous attendent, les filleuls que l’on doit photographier avec soin, la préparation de yaourts maison, Lucien et Gina, les prochaines vacances, « Et ta santé ? », je lui demande. « Ca va mieux », elle me répond. Encore et toujours des mots, les projets en cours des AFEJ, le rhum haïtien, les nouvelles de Mamie Duncan, les souvenirs de nos premiers pas en Haïti quand, l’esprit chamboulé et le cœur prêt à s’ouvrir, on allait à la rencontre de nos timouns (Charlène, adoptée par Danielle en 2006 et Marlon, mon fils adopté en 2010). On n’en finit plus. C’est la fin de notre voyage qui met fin (ou presque) à nos paroles.

Du ciel, j’aperçois l’aéroport. Il n’est plus ce grand hangar dans lequel j’avais débarqué une nuit moite d’août 2010. Aujourd’hui, c’est un aéroport comme n’importe quel autre aéroport. Sa haute tour de contrôle, ses murs gris, son tarmac au goudron taché par les traces de pneus, son ambiance impersonnelle. Les gens ne font que passer. Une publicité lumineuse pour le rhum Barbancourt attire mon regard. Ça y est, je revois Haïti.

Atterrisage à Port-au_prince…

Atterrissage à Port-au_prince…

 

Dès notre descente d’avion, un homme nous attend pour nous guider vers un petit salon aux allures d’une salle d’attente de dentiste, le temps pour lui d’exécuter les formalités de douanes. Lucien n’a pas changé son organisation, tout est prévu. On attend quelques minutes et le voilà de retour. Accompagnée par une hôtesse, on rejoint le tapis des bagages. Au loin, je vois une grande silhouette élancée. Elle me semble un peu plus voûtée qu’il y a quatre ans. C’est Lucien, le directeur de la Fondation Enfant Jésus. Danielle et lui n’en finissent pas de parler. En silence, je me régale de cet accent créole qui sonne doux à mes oreilles. Parfois, je me dis que les gens ont la chaleur de leur accent. Les gens du Nord doivent me détester à la lecture de cette pensée.

Mais pas le temps de s’attarder. Lucien et l’homme qui l’accompagne se chargent de nos bagages et on file à la sortie de l’aéroport, direction le parking. Il est presque 19 heures. A l’extérieur, un prêcheur, des hommes, des regards qui se tournent sur notre passage. Normal, nous avons la couleur de l’étranger.
On croise la route de trois hommes. Ils nous suivent. Arrivés à la voiture, ils sont toujours là, tentant de s’accaparer nos valises pour les ranger dans le coffre et nous soustraire quelques maigres dollars. Lucien veille, accélère la cadence, nous fait grimper dans la voiture et démarre.

Pendant le trajet, Lucien et Danielle continuent de parler. Mettez deux moulins à parole ensemble et voilà le résultat ! Calée à l’arrière de la voiture, j’écoute un mot sur deux. Je préfère me nourrir de toutes les scènes que je traverse. Port-au-Prince grouille toujours autant. Les marchands se sont installés comme à leur habitude le long des routes et respirent les gaz d’échappement des voitures retapées qui roulent au son de rap US. Une énorme boutique Coca-Cola se plante dans le décor de façon ironique, juste à côté d’un barbier de trottoir et d’une boutique dont un mur de brique constitue l’unique fond de commerce. Bienvenue en Amérique !

La terre de Kenscoff

La terre de Kenscoff

On grimpe vers la montagne pour rejoindre la maison de Kenscoff où nous logerons pendant deux jours. Aux rues étoilées par des guirlandes électriques colorées se succèdent des routes noires sur lesquelles marchent des ombres qui deviennent des gens sous la lueur des phares. Après une heure et demie de route, nous avons quitté la chaleur étouffante de la capitale haïtienne pour l’humide et fraîche température d’altitude. Sarah, la fille de Lucien et Gina, sa cousine Céleste et un couple de parents adoptants américains nous attendent pour le repas. Gina vient juste de sortir de l’hôpital contre l’avis de ses médecins. Elle dort. Nous aussi, on se plongerait vite dans un lit. On accuse la fatigue du voyage et c’est du bout de lèvre que l’on déguste le copieux repas dressé comme tous les soirs sur la table des Duncan.

Enfin, nous rejoignons la crèche où nous occuperons une des deux chambres normalement réservées aux parents adoptants. Dans la nuit, on descend les marches pour rejoindre l’annexe. Lucien s’approche d’une porte. Je la reconnais. J’ai dormi là il y a quatre ans. Mon cœur bat…

A suivre…

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Comments
5 Responses to “Revoir Haïti #1”
  1. Mag dit :

    Déjà je suis émue…

  2. montheil pascal dit :

    vite la suite

  3. Fraysse dit :

    Très émue aussi.
    En te lisant, je me revois ouvrant la porte de cette chambre avec mon fils dans les bras. C’était il y a 6 mois à peine…

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