Les jours passent et se ressemblent

Article rédigé par Delphine M, adhérente et membre du Conseil d’Administration des AFEJ, suite à la diffusion le 16 avril 2013 sur Arte du documentaire « Assistance Mortelle » par Raoul Peck. Tourné sur deux années après le séisme en Haïti, un constat implacable sur la gestion calamiteuse de l’après-catastrophe par la communauté internationale.

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assistance_mortelle_peck

 

Trois jours que tout le monde m’appelle pour me dire qu’il y a un reportage d’Arte sur Haïti. Je ne suis pas fan et en toute honnêteté, je n’ai quasiment rien vu des images du séisme mais la critique est excellente alors je vais faire une exception.

Et quel reportage ! Assistance mortelle de Raoul PECK

Avec clarté et pédagogie le constat est fait de l’aide humanitaire promise par les grandes puissances au lendemain du séisme. Et le premier commentaire qui me vient à l’esprit est  quelle gestion catastrophique !

Uniquement 10 % de la somme promise a été « budgétée » mais pas dépensée car la CIRH, organisme mis en place pour gérer cet afflux d’argent et la reconstruction (chapeautée par Bill Clinton) a été incapable de trouver des compromis, des solutions, des ententes et SURTOUT n’a pas impliqué le gouvernement haïtien dans ces décisions, hallucinant !!!

En résumé, gros arrangements entre grands amis, magouilles, volonté de faire intervenir des sociétés étrangères pour se faire un maximum d’argent entre potes et querelles entre les ONG ou assimilés qui ont trouvé le moyen de faire et de défaire alors qu’il y avait tant à reconstruire dans ce pays.

Construire c’est bien mais personne n’a envisagé d’abord de déblayer, pas assez intéressant. Les Pays intervenants n’ont pas réalisé l’ampleur du travail à faire. Les décombres d’Haïti c’est 24 fois le volume de débris du World Trade Center, on ne parle pas de gravats réduits en cendres mais d’énormes structures nécessitant un matériel spécifique. La CIRH, les ONG n’ont rien prévu de cela. A notre voyage en Mars 2010 nous n’avons vu AUCUN tractopelle en action et cela nous avait beaucoup surpris, je comprends mieux aujourd’hui….

Le peuple haïtien fait vite le constat que l’aide internationale importe tout. L’urgence était d’aider Haïti à remettre le pied à l’étrier, relancer son économie. C’est aux locaux de reconstruire leur pays et pas aux ONG d’arriver avec leurs prestataires étrangers. Lucien Duncan nous en avait parlé en Mai 2011 avec virulence.

Les représentants du peuple haïtien présents dans le bureau de la CIRH s’alarment du peu de dialogue et d’implication qu’on leur offre. Ils se sentent inutiles, et pour cause. Comment peut-on reconstruire un pays sans se soucier des besoins réels et des souhaits de celui-ci ? C’est une telle évidence mais à première vue pas pour tout le monde.

Ils ont reconstruit en dépit du bon sens des baraquements temporaires sans eau, sans électricité, sans sanitaires, mal « fagotés » qui aux premières intempéries ont pris l’eau. 3 ans après, le temporaire est devenu du permanent, bon nombre d’ONG sont parties, les subventions suspendues….

Et bien dans tout ça, le peuple haïtien, père courage, est en colère mais va de l’avant. Un ancien instituteur nous raconte qu’il a tout perdu et que répond-il au journaliste qui l’interroge ? « c’est une chance, je suis vivant, je vais bien alors on va reconstruire, je ne suis pas en colère » . Nous sommes déroutés et à la fois plein d’admiration…

Je ne suis qu’une « citoyenne du monde » sûrement pleine d’illusions et idéaliste mais on se rend compte qu’au lendemain du séisme, Haïti a été un terrain de jeu pour les politiciens et les businessman étrangers, un moyen de s’en mettre plein les poches avec l’argent des dons. Haïti a été punie de sa mauvaise image : ce pays ne pouvait pas gérer seul et bien tout cet argent… il faut dire qu’on ne lui en a pas laissé l’occasion.

Au milieu de tout cela, il y a malgré tout des gens pleins de bonne volonté et qui avaient compris ce qu’il y avait à faire pour ce pays, certains ont pu mener leurs actions au bout et cela mérite d’être souligné.

Et bien moi, à la fin du reportage, je suis en colère, je ne suis pas naïve nous savons comment cela se passe dans les hautes sphères mais on joue avec la vie des gens alors qu’on leur a promis à coup d’effet d’annonces devant le monde entier monts et merveilles.

Au final, je suis fière de mes petites actions au travers de l’AFEJ même si cela semble bien modeste comparé à tous ces millions. Nous, c’est du concret et du positif au quotidien pour les Haïtiens. Avant tout, parce que nous nous concertons avec Lucien et Gina Duncan pour agir au mieux des intérêts de la Fondation Enfant Jésus et des enfants. Et ça c’est réconfortant.

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